L’exploitation des terres agricoles au Guatemala

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UTZ K’ASLEMA’L = Bien-vivre

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Par Nadine?Babineau
Représentante des jeunes membres, délégation de 2018
Syndicat des services gouvernementaux, section locale?60018 (Nouveau-Brunswick)

En?1996, au Guatemala, la signature d’un accord de paix a mis fin à 36?ans de guerre civile opposant l’armée aux rebelles. Vingt ans plus tard, les peuples indigènes du pays se livrent toujours à un bras de fer avec les plus nantis pour protéger leurs terres et les ressources naturelles dont ils ont besoin pour survivre. Lors de notre séjour dans ce pays, nous avons été accueillis par le CCDA (comité paysan des hautes terres). Nous avons fait la rencontre de Luvia, une leader dans la communauté, qui nous a expliqué le problème de pauvreté et de malnutrition dont souffrent encore aujourd’hui les habitants du pays, en particulier les membres des communautés indigènes. Au Guatemala, les familles ont deux options. Il y a le ??panier alimentaire de base??, qui co?te 3?534,36?quetzales (610,98?$?CA) par mois et nourrit une petite famille de quatre personnes trois fois par jour. Certaines familles, un peu plus riches, peuvent se procurer un ??panier élargi??, soit le panier alimentaire de base plus les dépenses liées à l’éducation des enfants, au co?t de?8?160,60?quetzales (1?410,70?$?CA) par mois. Or, la plupart des familles, notamment chez les travailleurs des plantations, ne font que 2?758,16?quetzales (478,55?$?CA) par mois et ne peuvent même pas s’offrir le panier de base. C’est la triste réalité.?

Au Guatemala, les enjeux de l’heure sont le manque d’accès aux terres et le nombre croissant de familles dans les régions rurales. La plupart des gens souffrent de malnutrition, les enfants en particulier. Afin de leur venir en aide, le CCDA a mis sur pied des programmes de formation à l’intention des agriculteurs pour leur montrer ce qu’ils peuvent planter et à quelle période de l’année, comment prévenir les infestations et comment faire du vermicompostage pour fertiliser leurs potagers.

Pour les familles, plus leur potager est gros, mieux elles mangent et plus leur revenu augmente. C’est pourquoi le CCDA leur transmet des notions d’agriculture, de sorte que chaque famille puisse exploiter au maximum son petit lot de terre cultivable. Leurs récoltes permettent non seulement de nourrir la maisonnée, mais aussi d’autres membres de la communauté, puisque le partage et le troc de fruits et de légumes sont pratique courante. Les familles guatémaltèques cultivent une variété de fruits et de légumes, comme des bananes, des avocats, de la noix de coco, des ananas, des tomates, des agrumes, des papayes et des oignons.?

L’un des plus beaux souvenirs que je garde de mon séjour est notre visite d’un centre piscicole où des femmes mayas, qui font partie de la coopérative agricole, font l’élevage du tilapia. Les travailleuses nous ont expliqué leur entreprise, mais elles étaient particulièrement fières de nous montrer leur jardin de plantes médicinales biologiques où poussaient, entre autres, du basilic, du marronnier d’Inde, de l’aloès et de la citronnelle. Trouver du travail n’est pas toujours évident pour les femmes de la communauté parce qu’elles doivent pour la plupart rester à la maison pour s’occuper des enfants. Les travailleuses du centre piscicole sont donc très fières de leurs réalisations et travaillent en équipe pour contribuer à leur communauté. Quant aux plantes médicinales qu’elles cultivent, elles les partagent avec les autres femmes de la collectivité et leurs familles.

Le CCDA aide aussi les agriculteurs locaux à conserver la valeur biologique de leurs produits, notamment en leur donnant des conseils sur la biofumigation pour traiter les infestations.?

Nous avons rencontré un de ces agriculteurs qui nous a emmenés jusqu’au sommet d’une montagne où se trouve la plantation de caféiers dont il s’occupe avec ses deux jeunes gar?ons. Il fait une première ronde tous les matins à 6?h?10, avant de retourner à la maison pour le déjeuner. Il y retourne souvent le soir. Quant au trajet jusqu’au sommet de la montagne, il le fait en dix minutes (contrairement à nous, qui avons mis de?30 à 40?minutes pour nous y rendre). La culture des caféiers est un travail long et très complexe. D’ailleurs, il a déjà re?u l’aide du CCDA pour faire fumiger sa plantation lors d’une infestation, sans quoi il aurait pu perdre tous ses arbres.

Pendant que nous visitions la caféière du CCDA, nous avons aussi découvert le vermicompostage. Un membre de l’organisme nous a expliqué que le produit final du processus de digestion des vers de terre est un excellent engrais naturel, tant pour les potagers que pour les plantations de caféiers. Dans une année, un ver rouge (ver à compost) peut produire jusqu’à 1?500?vermisseaux. Ces lombrics se reproduisent tous les sept jours et peuvent vivre plus d’une quinzaine d’années. Ils peuvent vivre et se reproduire dans une bo?te. C’est la raison pour laquelle le CCDA s’en sert pour son vermicompostage. Les vers rouges se nourrissent de fumier de vache, de cheval, de lapin et de cochon. On peut ?aussi utiliser les déchets destinés au compost domestique comme des feuilles vertes, des restes de cultures ou des déchets de cuisine.

Afin de s’assurer que son vermicompost est 100?% bio, le CCDA nourrit les vers rouges avec des restes de grains de café. Nous avons eu l’occasion de voir à quoi ressemble un vermicomposteur, qui est en fait une bo?te en bois de 1?m x?1?m x?1?m. à c?té d’elle se trouve une autre bo?te semblable où les vers sont relocalisés une fois que le compost est prêt. Les vermicomposteurs sont placés dans un endroit tranquille, à l’ombre et au frais (sous des arbres). Ils sont légèrement soulevés de terre afin que les fourmis ne puissent pas les atteindre. Les bo?tes sont aussi couvertes d’une bache pour éviter que des poules en liberté — il y en a partout — y picorent.

Une couche de terre et de grains de café en décomposition est étalée au fond des bo?tes. On place ensuite les vers par-dessus. Tous les 3 ou 4?jours, on recouvre les vers de grains de café pour les nourrir.

La fa?on la plus facile de recueillir les vers pour les transférer dans la seconde bo?te est de cesser de les nourrir pendant un certain temps, et puis d’ajouter une ou plusieurs couches de nourriture. Affamés, les vers seront attirés par la nourriture et remonteront à la surface, où il sera plus facile de les ramasser.

Le CCDA distribue ensuite l’engrais biologique issu du vermicompostage aux agriculteurs qui ont de la difficulté avec leurs récoltes. Il reprend ensuite le processus de vermicompostage dans la deuxième bo?te.

Le CCDA aide les familles et les agriculteurs à augmenter leur revenu familial et à réduire le nombre de cas de malnutrition, en plus de donner aux femmes l’occasion de gagner leur propre revenu. En aidant les femmes à faire pousser leur propre nourriture à la maison et les agriculteurs à fumiger leurs récoltes et en fournissant de l’engrais bio aux membres de la communauté, le CCDA contribue à la production et à la distribution alimentaire dans la région. Grace à cet organisme, les familles indigènes du Guatemala peuvent maximiser le peu d’espace cultivable auquel elles ont accès. Ce ne sont là que quelques exemples de ce que fait le CCDA pour venir en aide à ces communautés. La passion dont sont animés les leaders du CCDA pour la production d’aliments biologiques ainsi que le soutien qu’ils apportent à la communauté sont une source d’inspiration.

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