Incidence de l’industrie extractive sur la souveraineté alimentaire dans les zones rurales du Guatemala

par Maya Jelali, 2017, CEIU

Pour beaucoup de gens, la croissance de l’industrie extractive au Guatemala est synonyme de développement, de création d’emplois et de croissance de l’économie locale.

Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas, comme j’ai pu le voir au Guatemala. Un grand nombre des projets de cette industrie ne remplissent pas leurs promesses sur le plan économique. De plus, le gouvernement guatémaltèque, qui appuie fortement le développement de l’industrie minière et la construction de barrages hydroélectriques, est connu pour être très corrompu.

L’ancien président du pays, neuf ministres et 950 fonctionnaires du précédent gouvernement ont été déclarés coupables de pratiques malhonnêtes. Il y a eu de nombreux cas où des fonctionnaires se sont laissés corrompre par le crime organisé et les grandes entreprises qui paient les fonctionnaires pour pouvoir poursuivent leurs objectifs.

Les compagnies minières et d’hydroélectricité ont besoin de l’appui du gouvernement du Guatemala pour entreprendre leurs projets. On sait que ce dernier aide ces entreprises multimilliardaires de toutes les manières possibles, y compris en utilisant la violence contre le peuple maya.

Il n’est pas rare de voir une compagnie lancer un projet de construction et d’exploitation sans avoir d?ment fait l’acquisition du terrain, ce qui veut dire que dans la plupart des cas, les gens sont chassés de leur demeure et de leur localité. Cela se fait habituellement avec l’intervention de la police, dans la violence et, parfois, donne lieu à des massacres.

Le Centre pour le droit de l’environnement et l’action sociale (Centre for Environmental Law and Social Action - CALAS), l’un des principaux organismes pour la justice environnementale du Guatemala, défend les droits en matière d’environnement et les droits de la personne. Il défend les citoyens, fait la promotion de politiques publiques, rédige des projets de loi et surveille les organismes nationaux chargés de l’utilisation durable des ressources naturelles.

Yuri Melini, le directeur du CALAS, nous a donné quelques exemples de causes judiciaires où les compagnies minières avaient eu recours au trafic d’influence et à la corruption pour éviter la prison. La militarisation des communautés, la criminalisation des jeunes, la violence sexuelle contre les femmes qui défendent leur terre, le kidnapping, la torture et le meurtre de chefs de file communautaires qui s’opposent ouvertement aux projets des multinationales sont des réalités au Guatemala.

Yuri Melini avec le groupe du projet L’éducation à l’?uvre, le 4 mars 2017, à Guatemala

M.?Melini nous a aussi dit qu’il n’est pas rare qu’on lance des projets d’exploitation sans qu’il y ait consensus, sans une consultation adéquate des collectivités et sans leur approbation. Le gouvernement n’a aucun programme pour garantir un processus de consultation pour que la population soit bien informée et pour tenir compte des besoins des collectivités en prévoyant un dédommagement et une réinstallation convenable au besoin.

La réalité est en fait tout le contraire. Souvent, lorsque le CALAS essaie d’organiser des consultations et de mobiliser les gens, il se heurte à une forte résistance des compagnies et du gouvernement. Ce dernier manifeste même ouvertement son opposition et s’efforce de faire échouer le processus de consultation.

Dans les cas où les collectivités ont réussi à tenir une consultation et ont voté contre l’exploitation de leurs ressources naturelles, le gouvernement n’a pas tenu compte de leur décision et a quand même accordé des permis aux entreprises. Les projets sont approuvés sans un consentement éclairé de la population, sans véritable évaluation de l’impact social ou environnemental ou sans programme de dédommagement des collectivités touchées.

L’aménagement de barrages hydroélectriques au Guatemala a de nombreuses répercussions sociales et environnementales, notamment le déplacement forcé des populations mayas. Selon moi, il est aussi clair qu’on viole les droits fondamentaux de la personne des gens.

L’industrie extractive et la construction de barrages sont également dévastatrices pour l’économie locale.

La perte de terres agricoles fertiles et de l’accès à l’eau causée par le détournement des rivières réduit la sécurité alimentaire et la capacité d’autonomie. Cela compromet la capacité de produire de la nourriture pour la consommation, comme en témoignent les taux élevés de pauvreté, de malnutrition et de mortalité infantile dans les régions rurales. Cela compromet aussi la capacité de gagner un revenu de subsistance en produisant des surplus pour vendre dans les marchés locaux ou par d’autres moyens.

Lors d’une réunion avec le Comité Campesino del Altiplano (CCDA - Comité paysan des hauts-plateaux), Lesbia Morales nous a fait savoir que les fruits et légumes de première qualité sont habituellement exportés à l’étranger et qu’il ne reste que des aliments de mauvaise qualité et parfois pas assez de nourriture pour la consommation locale, ce qui cause de la malnutrition.?

Lesbia Morales giving a presentation to EIA delegation – March 6, 2017 in CCDA office in Santa Cruz, Quixaya

Lesbia Morales fait un exposé à la délégation du projet L’éducation à l’?uvre, le 6 mars 2017, au bureau du CCDA à Santa Cruz, Quixaya

Les dommages causés par l’exploitation des ressources naturelles et leurs conséquences socioéconomiques et environnementales sont énormes. La perte de terres fertiles et de rivières — en plus de diminuer la capacité des gens de gagner un revenu — a aussi des effets désastreux sur l’environnement, car elle cause de la pollution et modifie de manière importante le débit des eaux et la biodiversité.

Pendant mon passage dans diverses localités rurales, j’ai vu la piètre qualité de vie des Guatémaltèques et le manque d’installations de base, comme l’eau potable, l’électricité et des installations sanitaires. C’était déchirant de voir toute la pauvreté alors qu’il y a tout autour tant de ressources naturelles et de terres fertiles.

House in the community of Las Marias in March 7, 2017

Une maison à Las Marias, le 7 mars 2017

Enfin, l’exploitation des ressources naturelles et la construction de barrages hydroélectriques menacent aussi le mode de vie traditionnel et les croyances spirituelles des Guatémaltèques. Les Mayas ont un énorme respect pour leur territoire ancestral et y sont très attachés. Il est primordial pour eux de protéger la Terre Mère et les ressources naturelles sacrées. Ils réclament que leur gouvernement prenne en considération l’article?203 des Normes et de la jurisprudence du Système interaméricain des droits de la personne selon lequel il doit respecter et reconna?tre les droits ancestraux dans ses décisions.

Le gouvernement du Guatemala, au nom du développement économique, a expulsé les Mayas de leurs terres et a détruit leurs communautés.

Malheureusement, les bienfaits économiques du développement ne profitent pas aux gens, dont la majorité vivent dans la pauvreté.

Il est clair qu’il faudrait procéder à une réforme agraire afin que les gens aient accès à des terres pour leur permettre de produire de la nourriture. Il est primordial que l’état mette en place des procédures pour aider les collectivités touchées en matière de restitution des terres, de restauration des sources de revenu et d’indemnisation foncière pour les communautés déplacées.

Il est aussi important pour les organisations internationales de soutenir des organisations comme le CALAS et le CCDA afin d’aider les gens à bénéficier de leurs droits d’accès à des ressources politiques et juridiques et à se faire entendre.

Il y a un besoin criant de changement dans la structure du pouvoir et d’une restructuration gouvernementale au Guatemala. On ne peut plus passer sous silence les co?ts cachés des projets industriels.?er structure and restructuring at the state level are much needed in Guatemala. The hidden costs of these projects should no longer go unnoticed.?